Psychothérapie psychocorporelle vs thérapie corporelle

IppQu'est-ce qui différencie une psychothérapie psychocorporelle d'une thérapie corporelle ?

La différence entre les thérapies corporelles et les psychothérapies psychocorporelles est souvent mal connue. Dans les thérapies corporelles, comme le rolfing, l’eutonie, l’ostéopathie, la fascia-thérapie le praticien touche son patient pour soulager, réparer, améliorer, guérir ou soigner son corps. Aussi subtile ou efficace que soit la technique pratiquée, aucun effet psychique particulier associé à ce travail corporel n’est attendu même si, et c’est souvent le cas, ils existent :
« Je me sens mieux depuis que je pratique cette méthode ».
Les notions de transfert et de contretransfert n’y sont pas prises en compte. Elles ne font pas partie du cadre de ces méthodes, même si elles y jouent un rôle. Une thérapie corporelle, comme son nom l’indique, s’occupe du corps et dans ce cas, le toucher du praticien est un toucher objectivé de « corps à corps ».

Le « toucher présence » en psychothérapie psychocorporelle

Dans les approches psychocorporelles, le concept de l’unité psyché-soma, le bodymind des Anglo-saxons, fonde l’articulation psychocorporelle du toucher. Il ne s’agit plus alors d’un toucher dont l’effet attendu est limité au seul effet corporel, mais d’un toucher dont l’effet s’étend au-delà, et notamment sur les plans psychique et affectif.
 
Dans cette forme de toucher, le psychopraticien manifeste par le contact corporel, ce qui est au cœur même de tout cheminement psychothérapeutique : un point d’appui. Ce point de contact, dans le présent, donne à sentir au patient quelque chose de lui-même. La perspective de la thérapie psychocorporelle est de lui offrir alors, la possibilité de se situer face à ce qu’il ressent dans son corps et à ce que ça lui fait : le rejeter, l’accueillir ou l’intégrer selon les cas. Il a la possibilité de prendre appui dans cette « présence contact » et de laisser advenir les émotions, les mouvements, les paroles, les pensées, les sensations. La seule intention du toucher « point d’appui » est ainsi de donner au sujet, une possibilité de rencontre avec lui-même, une présence consciente, un point de contact vivant dans l’instant présent. C’est « l’ici et maintenant » de la Gestalt-thérapie, actualisé dans un contact corporel, laissant le sujet libre de ses réactions, en lui-même et avec lui-même.
 
Mais cette forme idéale de « toucher présence » n’est possible que lorsque le transfert et le contretransfert sont posés consciemment dans le champ de la relation. Dans cette perspective, le transfert et contretransfert agissent comme des détours, des détours d’intention. Si le psychopraticien agit avec une intention affective ou sexuelle, celle de son contretransfert, sa main perd sa qualité de présence. Elle est sensiblement affectée par cette intention. Ce sont des micromouvements, une vitesse gestuelle modifiée, des différences de températures, etc. qui le traduisent. L’intégrité et l’éthique sont alors nécessaires au thérapeute pour accueillir et reconnaitre ces formes manifestées de son contretransfert.
 
De la même façon, ce « toucher présence », lorsqu’il est reçu, peut être affecté de la charge du transfert. Il est alors transformé par le sujet qui perçoit le contact de la main du psychopraticien à travers le filtre de son transfert : « Tu me gênes, tu me fais mal, ou tu me fais du bien ».
Pour le mettre à jour, une parole, un geste, une émotion, un mouvement vont petit à petit, dans le cadre de la relation thérapeutique, éclairer l’ombre portée du transfert et du contretransfert. La relation s’allège du poids des relations transférentielles. La réponse corporelle, émotionnelle et verbale, du sujet dans sa relation au point d’appui donné du psychopraticien devient de plus en plus juste, de moins en moins affectée, à la fois plus simple et plus naturelle.
 
Cette qualité de toucher doit s’appuyer sur une formation expérientielle et didactique précise et exigeante qui demande au psychopraticien de connaitre sa propre violence, son désir de pouvoir et de main mise sur l’autre, d’éclairer de conscience et de vigilance ses pulsions morbides, ses pulsions sexuelles, car sinon, comment donner un toucher de présence dans des zones corporelles parfois douloureuses, sans tomber dans les pièges possibles du sadomasochisme ?
Seules une formation et une thérapie approfondie peuvent fonder une pratique psychocorporelle du toucher que la supervision régulière viendra compléter pour faire face aux situations imprévues et souvent nouvelles, rencontrées en psychothérapie.
 
Extrait d’un article de l’AETPR (Association Européenne de Thérapie Psychocorporelle et Relationnelle)
Didier BRESSAN sur Google+

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