L'Intégration Posturale Psychothérapeutique (IPP)

On me demande souvent si l'Intégration Posturale Psychothérapeutique (IPP) est une forme de Rolfing. Et bien pas exactement, bien qu'on y trouve des similitudes, puisque l'IPP puise en partie sa source dans le Rolfing.
L'IPP est une approche de la psychothérapie psychocorporelle qui appartient au courant humaniste. A la croisée du corps, des émotions et de l’esprit, sa vision prend en compte l’articulation de cinq dimensions tout en plaçant le sujet au centre.

Le concept de la fusion corps-esprit

Le corps est une mémoire vivante. Il porte en lui les traces du vécu personnel et de l’héritage familial.

Didier BRESSAN - Psychotherapie en groupeDans les années 1930, Wilhelm Reich est le premier à introduire la notion d’inconscient corporel et tente de relier les douleurs physiques aux douleurs psychiques. Mais il faudra attendre le début des années 1960 pour que des groupes de psychologues décident de se démarquer de la psychanalyse freudienne et de la psychologie comportementale pour donner une place plus importante au corps. En plein essor des nouvelles thérapies unifiant le corps et l’esprit, telles la bioénergie d’Alexander Lowen ou la gestalt de Fritz Perls, le massage a commencé à être intégré chez les psys américains comme technique de libération des blocages physiques et psychiques. Peu à peu se sont dégagées des tendances différentes dans les approches, centrées davantage sur le corps ou davantage sur l’esprit.
La fusion corps-esprit (
body-mind) est une vision plus globale de l’être, intégrant parfois la dimension spirituelle. Elle traduit la synergie indissociable entre le corps et le psychisme. Dans cette perspective, le corps, les émotions, les pensées et les mots prononcés interagissent et sont porteurs de sens. Un corps qui est sur la défensive ne donnera pas l’occasion à l’esprit de se reposer, l’esprit dirige le corps dans des attitudes qui lui ressemble. Tour à tour, verbalisation du ressenti et travail corporel sont les différentes méthodes qui renouent avec l’importance du contact physique et décryptent les messages de la somatisation.

La réappropriation de notre corps, et de notre histoire permet de retrouver une meilleure fluidité en nous, tant au niveau corporel que psychique. Et c’est en retrouvant cette fluidité entre le corps et l’esprit que l'on peut ajuster quelque chose en nous, en notre joie de vivre, et (re)devenir vraiment entier.

Origines et approche de l'Intégration Posturale Psychothérapeutique (IPP)

C’est à partir des rencontres avec le Rolfing d’Ida Rolf (1896-1979), la Gestalt Thérapie de Fritz Perls (1893-1970) et la Végéthothérapie de Wilhelm Reich (1897-1957) que Jack Painter (1933-2010) en 1966, a créé l’Intégration Posturale (IP). Par la suite, Eliane Jung Fliegans et Claude Vaux ont donné une dimension psychothérapeutique à la méthode et créé l’Intégration Posturale Psychothérapeutique (IPP). La méthode a obtenu sa validation scientifique en 2007 auprès de l’European Association for Body Psychotherapy (EABP) ainsi qu’auprès de l‘Association Européenne de Psychothérapie (EAP).

L’Intégration Posturale Psychothérapeutique puise son inspiration et ses sources dans différents courants de la psychothérapie ainsi que dans des pratiques corporelles de toucher thérapeutique - comme le rolfing, ou l'haptonomie de Frans Veldman, etc. - et de mouvement.
L'Intégration Posturale Psychothérapeutique tient compte dans son approche holistique de différents aspects : l'écoute attentive de la parole du sujet, celle du langage de son corps et de ses émotions. Au même titre que les mots, un mouvement inconscient, une raideur dans la nuque, une boule dans la gorge, un noeud à l'estomac parlent de "quelque chose" que les mots seuls ne disent pas. Encore faut-il y prêter attention, donner de l'importance à cet "incontrôlé" qui se manifeste ainsi et le considérer comme une expression de soi, une forme de langage non verbal. Sa prise en compte permettra au sujet qui le souhaite, de se relier avec ce qui est ainsi enfermé en lui, qu'il ne sait, n'ose ou ne peut pas dire.
Pour en permettre l'émergence, l'originalité de la méthode fait appel à un "toucher présence". Le praticien invite le consultant à sentir, à venir au contact conscient de la partie de son corps qu'il est en train de toucher. Inviter à sentir ne veut pas dire guérir, transformer, manipuler ou influencer. C'est une "invitation" pour le sujet à "prendre appui" sur le contact et venir ainsi dans une présence à lui-même plus consciente et sensible. Soutenu dans cet appui par l'attention bienveillante du praticien, le sujet peut libérer les charges qui lui pèsent et qui souvent, comme des clefs de voûte, relient différents réseaux de tensions psychosomatiques. La thérapie psycho-corporelle fait ainsi appel à l'intelligence naturelle du corps pour soulager et guérir les blessures de l'âme. En IPP, le toucher associé à l'approche verbale participe ainsi d'une même intention, celle d'accueillir le sujet tel qu'en lui-même et l'aider à trouver les ressources dont il a besoin face à ses questions et souffrances existentielles.

Ce chemin se construit dans l'alliance thérapeutique nécessaire au développement d'un processus d'intégration psychocorporelle dans la méthode. Cette alliance demande de la part du praticien une confiance dans la possibilité d'aboutir.

Les 5 dimensions de l'IPP

Dans son projet holistique d’approche thérapeutique, la méthode de l'Intégration Posturale Psychothérapeutique prend en compte :

Mandala Monde Contenporain

1. Les concepts de la psychologie des profondeurs, développés par de C.G Jung
et plus particulièrement :
    l'inconscient collectif et les archétypes qui le constituent (l'Animus et l'Anima, l'Ombre, le Soi...)
    le postulat de la réalité de l'âme et de l'invisible
    le processus d'individuation
    la souffrance psychique dans la perspective de la psychologie dynamique jungienne qui ne la réduit pas à une pathologie mais la considère comme un passage nécessaire dans le processus d'individuation de l'être humain
    la dimension restauratrice de l'expression artistique

2. Les concepts de la Gestalt-thérapie développés par Fritz Perls
    La notion de l'importance de la relation dans le moment présent ici et maintenant
    L'expression artistique et la créativité à travers lesquelles le sujet peut exprimer une part de lui-même souvent inconnue et ignorée

3. Le corps énergétique et concepts de cuirasse musculaire et caractérielle initiés par Wilhelm Reich

4. Le corps, mémoire vivante du vécu et de l’héritage familiale

5. Les traditions chamaniques, l'importance du lien avec la nature et le corps

Et pour articuler de façon pratique ces différents aspects, la méthode prend appui sur :

   → L’Intégration Posturale de Jack Painter avec son protocole rigoureux, synthèse de la gestalt-thérapie et d’un toucher thérapeutique des fascias
   → Le mouvement régénérateur de Maître Nogushi qui stimule le contact avec le mouvement originel animant tout être vivant
   → La visualisation créatrice qui fait appel aux ressources de l’inconscient et au pouvoir de l’imagination active par le Rêve Éveillé Dirigé

Applications thérapeutiques

D'une façon qui lui est propre, l'Intégration Posturale Psychothérapeutique poursuit le même but que la plupart des psychothérapies : aider la personne à se libérer des forces inconscientes qui l'empêchent de mener sa vie comme elle le souhaite et qui nuisent à son bonheur. L’intégration posturale vise à aider les individus à prendre conscience d'eux-mêmes dans leur corps et à leur donner les moyens de changer – qu'il s'agisse de leur corps, de leurs sentiments ou de leurs pensées.

L'IPP peut amener à plus de réceptivité, d'affirmation et d'harmonie. Elle s'adresse plus particulièrement aux personnes qui se sentent prêtes à plonger avec intensité dans une thérapie qui les engagera dans tous les aspects d’eux-mêmes, tout en respectant leur harmonie globale. Elle est appropriée pour quiconque aspire à améliorer sa qualité de vie et à ne plus être soumis à de multiples tensions.

Cette technique n'est cependant pas indiquée chez des sujets présentant des troubles mentaux graves.

Quelques mots sur l'Intégration Posturale de Jack Painter

« Dans notre monde contemporain occupé, de nombreuses personnes commencent à se rendre compte que pour trouver un soulagement de l'anxiété et de la tension sans cesse croissantes, ils doivent accorder plus d'attention à leur corps. » - Jack W. Painter, PhD. Fondateur de l'Intégration Posturale

Si vous n’êtes pas fami­lier avec l’appro­che cor­po­relle comme moyen de libé­ra­tion de l’être, vous seriez sur­pris d’arri­ver au milieu d’une séance de tra­vail. Vous ver­riez peut-être le pra­ti­cien tra­vailler sur le client avec ses mains, ses doigts ou ses coudes pen­dant que celui-ci gémit, sou­pire ou crie en don­nant des coups de pied. Le pra­ti­cien pour­rait aussi tra­vailler dou­ce­ment en ber­çant le client dans ses bras, en le cares­sant ou en l’invi­tant à res­pi­rer pro­fon­dé­ment. Ils pour­raient aussi être en train de dia­lo­guer ou de cla­ri­fier cer­tai­nes idées ou sen­ti­ments ou en train de rire aux éclats.

Comment comprendre tout cela ? Que se passe-t-il ?

En Intégration posturale, le praticien agrippe et déplace différents plans de tissus pour réorganiser le système myofascial. Simultanément, il travaille la respiration, le mouvement, l’émotion et l’esprit. Ce processus n’est une approche corporelle qu’en ce que le corps est une forme immédiatement saisissable et accessible de cet ensemble formé par le physique, le mental et les émotions.
L’intégration posturale est une approche holistique : le praticien en touchant le corps en surface et en profondeur, établit le contact avec un réseau d’émotions et d’attitudes physiques et mentales ; il reconnaît que l’expression des émotions et des idées réprimées encourage notre libération physique.

La puissance de cette méthode tient à la volonté de travailler simultanément à plusieurs niveaux. En prenant contact avec le corps du client, mes mains relâchent des tensions profondes pendant que j’établis un contact visuel. Je commence à appliquer la pression et je demande au client ce qu’il ressent et de l’exprimer à l’aide de sons, de mouvements ou de mots.

Nous travaillons ensemble. Nous reconnaissons la profonde unité physique, émotionelle et cognitive du processus. Si l’un de nous, client ou praticien, retient une partie de ce qu’il est (même sous prétexte qu’une meilleure occasion se présentera plus tard), la libération ne pourra qu’être partielle, temporaire et parfois désorganisante. L’expérience nous a appris que tout changement profond libère chacune de nos dimensions et permet de trouver notre centre, ce lieu stable d’où nous pouvons articuler et comprendre le processus de notre libération.

L’intégration posturale nous aide à percer notre armure : toutes les contractions diverses qui séparent le cœur, la tête et les désirs. Quand nos anciennes habitudes se dissolvent, nous retrouvons notre spontanéité et nous acceptons le rythme naturel de chaque attitude nouvelle.

C’est le travail sur l’énergie fine à la fin de chaque séance qui permet d’atteindre ce délicat équilibre de la conscience unifiée.
C’est vers 1973 que Jack Painter, Ph.D. de San Francisco, a découvert qu’il fallait aborder l’être dans sa totalité, dans l’unité de toutes les parties du corps, l’extérieur en même temps que l’intérieur, dans l’unité du corps et de l’esprit. Il a appelé sa méthode "Intégration Posturale". Cette méthode convient aux personnes de tous âges qui ne présentent pas de troubles mentaux graves.

L'association Physique et Psychique

L’Intégration Posturale possède des affinités avec plusieurs autres approches créées dans la deuxième moitié du XXe siècle aux États-Unis, dans la foulée des travaux de Wilhelm Reich. Ce médecin et ex-disciple de Freud fut le premier, dans les années 1930, à introduire le concept d’« inconscient corporel » et à tenter de découvrir les traces physiques des douleurs psychiques. C’est à lui qu’on doit la notion d’armure caractérielle, qu’il décrivait comme un amalgame de tensions physiques et psychiques qui nous protègent et nous étouffent à la fois (on dit aussi armure musculaire). Plus de détails sur Wilhelm Reich dans la fiche Analyse bioénergétique.

L’instigateur de l’Intégration Posturale, Jack W. Painter, était un professeur de philosophie perclus de tensions. Il a essayé plusieurs moyens pour acquérir souplesse et aisance, dont le yoga et le Rolfing. À son grand désarroi, toutes sortes d’émotions le submergeaient pendant ces séances. Il s’est donc tourné vers la thérapie reichienne qui vise à relâcher les émotions refoulées. Ce relâchement devait permettre au corps, ainsi libéré, de trouver de lui-même un meilleur équilibre. Mais cela ne répondit pas à ce qu’il recherchait du point de vue de la restructuration physique... Bref, pour Painter, il est devenu graduellement clair qu’un processus thérapeutique devait absolument travailler sur trois plans à la fois : le physique, le mental et l’affectif. C’est un outil de cet ordre qu’il a mis des années à élaborer, inspiré par ses prédécesseurs et, dit-il, par son propre « corps-conscience ».

« Le corps, les émotions et les pensées ne sont pas des entités indépendantes en relation les unes avec les autres. Ce sont différents aspects d’une même chose. » — Jack Painter

À l’image de l’oignon et de ses couches superposées, utilisée fréquemment pour décrire l’être humain, les intégrateurs préfèrent celle d’une masse vibrante, plus ou moins dense en certains endroits. Une masse animée d’un mouvement double, allant tout autant de l’intérieur vers l’extérieur qu’inversement, comme le mouvement des marées. Quand on touche cette masse à quelque endroit que ce soit, elle répond instantanément par des changements qui se reflètent dans toutes ses dimensions.

Un processus méthodique

Le corps étant son matériau « révélateur », le praticien en Intégration Posturale agrippe et déplace différents plans de tissus, les comprime, les pince, les pétrit — en surface et en profondeur, comme dans un vigoureux massage. Il utilise ses doigts, ses paumes, ses coudes et son propre poids. Il peut aussi utiliser ses bras pour bercer. Simultanément, il provoque des déséquilibres énergétiques par des exercices respiratoires, comme des halètements ou des étouffements. La respiration est d’ailleurs considérée comme une « énergie en mouvement » et un élément fondamental dans le changement.

Le praticien établit un contact visuel en même temps qu’il prend contact avec le corps du client, demandant à celui-ci d’exprimer ce qu’il ressent, que ce soit par des sons, des cris, des mots ou des mouvements. Le client et le praticien font équipe : ils ont le même objectif et doivent s’engager tous deux dans le processus. Pour travailler avec le tissu très fin des fascias, il faut être en contact direct avec la peau. Selon leur degré d’aisance, les clients peuvent choisir d’être plus ou moins dévêtus ou complètement nus. C’est à chacun d’établir le protocole avec son thérapeute et de s’assurer que celui-ci respecte ses limites.

La relation de confiance est indispensable. Dès la fin d’une première séance, une personne devrait être en mesure de ressentir si la communication et la confiance sont suffisamment bonnes pour s’engager avec ce thérapeute.

Pour que les changements soient intégrés sur les trois plans physique, mental et affectif, et pour éviter que les blocages n’aillent se loger plus profondément dans le corps, les intégrateurs affirment que le travail doit se faire très progressivement et très systématiquement. La technique comprend donc dix étapes de base, réparties généralement sur 20 à 30 séances (en fonction de chaque client). Les séances durent généralement plus d’une heure, parfois jusqu’à deux heures.

Cette méthode n’est pas particulièrement « douce ». Comme toute psychothérapie, elle amène son lot d’inconfort émotif, mais il y a surtout le fait que le travail sur la respiration est souvent désagréable. De plus, les manipulations peuvent être douloureuses, non pas que le praticien blesse les tissus, mais parce que les émotions bloquées dans la chair auraient la propriété de rendre celle-ci particulièrement sensible à certains touchers.

On le voit, le processus est exigeant sur le plan émotif : impossible de « faire semblant », le corps ne triche pas ! Exigeant aussi côté temps et argent. C’est le genre d’aventure dans laquelle on s’engage quand on est prêt à oser.

Références, sites web

Les livres de Jack Painter traduits en français ne sont plus disponibles auprès de l'éditeur, mais se trouvent encore dans certaines bibliothèques :
- Travail corporel en profondeur et développement personnel
- L'intégration posturale : une approche manuelle holistique - manuel technique
Tous deux aux Éditions Maloine, France, 1992.

ICPIT - The International Council of PsychoCorporal (Bodymind) Integration Trainers
We’re the Council, founded by Jack Painter, PhD (1933-2010), responsible for Bodymind Integration, Postural Integration®, Psychotherapeutic Postural Integration, Energetic Integration® & Pelvic Heart Integration® Trainings worldwide. http://icpit.org

IFCC - Institut de Formation en Thérapie Psychocorporelle
Depuis sa création en 1996, l'IFCC forme des psychopraticiens certifiés en thérapie psychocorporelle. La méthode enseignée est l'Intégration Posturale Psychothérapeutique (IPP). www.ifcc-psychotherapie.fr
L'IFCC a créé quelques vidéos au sujet de la thérapie psychocorporelle, du vivant de Claude VAUX. Elles sont disponiblent au travers du site de l'IFCC en cliquant ICI

 

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