Le rêve, messager de l'inconscient qui nous murmure à l'oreille

Le rêve, passeur de message, est magique… pour peu qu’on y prête attention. Imagé, il parle une langue d’une infinie richesse. Jamais en panne de scénarios, il déploie les ailes du possible. Il réconcilie les temps, abolit les distances, fait revivre les disparus, dénoue les conflits, solutionne les problèmes, guérit les blessures… Loin des interprétations toutes faites, c’est un chemin de connaissance de soi. Un puissant outil de créativité.

« Les rêves portent en eux une intelligence supérieure, une sagesse et une ingéniosité qui nous guident. Ils nous montrent quand nous avons tort, quand nous sommes inadaptés ; ils nous avertissent d'un danger ; ils prédisent des évènements à venir ; ils nous suggèrent quel est le sens profond de notre vie et ils nous transmettent des éclairages qui sont comme des illuminations. » - Marie-Louise Von Franz

C.G Jung dit que le rêve, établit un pont entre l'Inconscient et le Conscient (Ombre et Lumière) et trace un chemin vers la profondeur de l’être. Et au-delà de notre esprit rationnel, il s’adresse à une autre dimension de l’esprit, ils nous aident à rencontrer notre profondeur, à harmoniser nos émotions et notre psychisme, à transformer nos schémas limitants. Ils nous conduisent à l’unité de l’être, au Soi, pour peu qu’on y prête attention et qu’on sache décoder le langage de l’inconscient.
 
« En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différents de ce que nous croyons être. » - Carl Gustav Jung

Quant à Fritz Perls (créateur de la Gestalt-thérapie), il dit que tous les différents éléments du rêve sont des fragments de la personnalité. Et comme le but de chacun d'entre nous est de devenir une personnalité saine, c'est-à-dire unifiée, il nous faut rassembler les différents fragments du rêve. Nous devons nous réapproprier ces éléments projetés, fragmentés de notre personnalité et récupérer ainsi le potentiel caché du rêve.
 

De quoi parlent nos rêves ?

Le rêve est considéré comme un messager de l’inconscient. Grâce au souvenir que nous en avons au réveil, des contenus psychiques refoulés arrivent dans le conscient. Le rêve ne triche pas : il vient directement de notre refoulé, sans apprêt, sans souci de réalisme ni de morale.

Ces productions une fois rendues conscientes seront alors utilisables. Si le rêveur le souhaite, il étudiera, explorera, associera à partir de ces précieux matériaux psychiques issus de son inconscient.

Freud et Jung étaient d’accord sur le fait que le rêve est « la voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient dans la vie psychique ». En effet, le rêve nous parle de nos tensions psychiques, de nos peurs et de nos désirs, de nos espoirs et de nos déceptions, de tout ce qui constitue notre intériorité, largement inconnue de nous-mêmes, tapis dans l’inconscient. « Nous rêvons de nos interrogations, de nos difficultés », dit C.G.Jung.

Nos rêves et notre réalité sont fortement imbriqués : pendant le rêve, nous pouvons nous croire réellement en train de vivre un évènement : « je me sens fort, invincible » ; et nous réveiller déçus, au fur et à mesure que le conscient reprend sa place. La reprise du contrôle du conscient peut s’avérer longue de quelques minutes, pendant lesquelles le monde onirique et la réalité s’entrecroisent, et n’offrent pas de frontière précise. Ce moment est très riche en sensations et en imagination. Un évènement malheureux peut avoir été nié pendant le rêve : vous rêvez que vous réussissez votre permis de conduire, et pendant la phase de réveil vous revient petit à petit le souvenir de votre échec à cette épreuve passée la veille !

À contrario, vous rêvez d’une catastrophe ou d’une situation particulièrement désagréable, et votre soulagement est grand de voir revenir à vous les éléments de votre vie : « Ouf ! ce n’était qu’un rêve ! » que vous aimeriez bien oublier aussitôt ! Mais ce n’est pas si simple : on peut avoir envie de rester dans un rêve agréable, de même un rêve peut nous hanter longtemps, et nous tourmenter jusqu’à ce que des éléments de compréhension nous permettent une mise à distance.Ainsi un contenu onirique ne reste pas cloisonné, il fait bel et bien partie de notre vie. Il laisse des traces en nous, et son souvenir peut être réparateur ou représenter une alerte, en tous les cas, il est plein d’enseignements.

Comment parlent nos rêves ?

Le rêve utilise un langage symbolique. Un symbole est un condensé de signifiants renvoyant à un signifié. À longueur de jour et de nuit, dans son langage, ses gestes ou ses rêves, qu’il s’en aperçoive ou non, chacun de nous utilise des symboles. Nous vivons dans un monde de symboles, et un monde de symboles vit en nous.

Les symboles sont plus ou moins proches de nos préoccupations ou de notre contexte de vie, ils en sont aussi parfois très éloignés. Un rêveur ne prenant jamais le bateau peut très bien se retrouver en rêve, traversant la mer en paquebot ou en radeau ! La situation rêvée prend alors une dimension purement symbolique. Ce n’est pas le cas si le rêveur est un passionné de voile, pour qui ce rêve pourra avoir une autre signification, liée peut-être à des tensions au sujet de son prochain départ en mer.

Un symbole possède à la fois une signification personnelle, en fonction de son vécu, ou une signification universelle, commune à toutes les cultures. Par exemple, le bateau aura pour signification symbolique : la traversée, la nouvelle vie, l’évasion, les grands espaces, voire le long murissement... Le rêve est un condensé de souvenirs et émotions d’enfance, de résidus diurnes constitués des souvenirs très récents, parfois anodins en apparence (une phrase d’une conversation, une scène d’un film vu à la télévision, une émotion ressentie, une personne rencontrée) de personnages issus du passé se retrouvant avec des personnes de l’entourage présent, d’évènements collectifs, de traumatismes anciens. Les matériaux utilisés, divers et multiples, sont en résonance avec les souvenirs de la vie présente et passée, personnelle et collective, et même trans générationnelle.

Que disent nos rêves ?

Chaque situation imaginée dans le rêve renvoie toujours au rêveur lui-même, quelle que soit la situation. Le rêve n’implique que celui qui rêve :

– Les conflits, extérieurs ou internes, sont la grande source des rêves. En effet, un rêve exprime un état de tensions entre des forces opposées, et le souvenir d’un rêve apparaitra dans la mesure où cet état de tension, renforcé par la production onirique est suffisamment important pour dépasser le seuil de conscience. Une scène vécue à l’origine d’un conflit apparait généralement de façon déformée.

– Des personnages issus du passé apparaissent soudain, alors qu’ils n’ont pas de présence particulière dans vos pensées du moment. Votre inconscient s’est enrichi des souvenirs de votre vie liés à ces personnes, même si cette évocation semble éloignée de vos préoccupations actuelles. Il convient de noter à ce sujet que tous les souvenirs vécus sont enregistrés, mémorisés une fois pour toutes, constituant un terreau de souvenirs dans lequel l’inconscient puise à sa guise. Nous sommes parfois très étonnés de ces apparitions, nous demandant ce que vient faire dans un rêve tel personnage dont le souvenir était en apparence tombé dans l’oubli et ne vous était pas venu au conscient depuis très longtemps !

– Des évènements collectifs ayant eu un fort impact émotionnel vont se retrouver dans les rêves assez rapidement. Les raisons sont de deux ordres : d’une part, les catastrophes humaines entrent en résonance avec des peurs inhérentes à la condition humaine (peur de l’engloutissement, de l’anéantissement, de l’effondrement), et avec sa fragilité. D’autre part, la propagation de la nouvelle au niveau mondial entraine une amplification, qui permet une rapide appropriation par l’inconscient collectif.

– Une expérience traumatisante peut bien sûr apparaitre en rêve, de façon répétitive, et sous toutes ses formes : parfois non déformée, on revoit la scène se dérouler, dans tous les détails, parfois sous d’autres points de vue, ou avec des images différentes. Le psychisme travaille à assimiler l’évènement, à l’incorporer.Et bien sûr, tous les « résidus diurnes » évoqués plus haut.

L’étrangeté du rêve

Des scènes étranges ou impossibles et des scènes familières coexistent, le mécanisme onirique n’ayant nullement peur de l’incongruïté, ni du surnaturel. Des déformations, des transformations ont lieu, dont le rêveur ne s’offusque pas du tout !

Toutes sortes d’anachronismes sont mis en scène, sans aucune limite. Il n’est pas rare de se voir en rêve à un âge différent du sien : ainsi, un rêveur peut avoir dans un rêve l’âge de son propre enfant ! Le rêve peut mettre en scène les parents du rêveur à un âge où il ne les a pas connus. Il arrive qu’un animal se transforme en un autre, ou prenne une autre apparence. On se trouve dans une maison qui est un « chez moi » mais qui ne ressemble pas du tout à l’appartement réel. Il est pourtant familier, c’est bien « chez moi » mais je ne reconnais aucun détail de la réalité !

Ce sont ces déformations, ces étrangetés qui nous rendent nos rêves si attachants : ils n’appartiennent qu’à nous, sont le fruit de notre seule imagination (bien qu’échappant totalement à notre volonté), sont le reflet de quelque chose qui nous semble puissant, fortement chargé en énergie, ayant un impact émotionnel fort.

Comment s’interprète un rêve en analyse ?

Il existe sans doute autant d'analyses de rêves que d'analystes, si on considère le rêve de l’extérieur, par le maniement savant de symboles universels. En Gestalt-thérapie, nous n'interprétons pas les rêves. Au lieu d'analyser, d'autopsier le rêve, nous voulons le ramener à la vie. La façon d'y parvenir est de revivre le rêve comme s'il se déroulait actuellement. Au lieu de le raconter comme si c'était une histoire passée, nous le mettons en action, nous le jouons au présent pour qu'il devienne une partie de nous-même, que nous y soyons vraiment impliqué.

C’est par l’interaction entre le rêveur ramenant son rêve à la vie et l’analyste à l’écoute que se dessinent petit à petit des pistes. Ne sont validées que celles qui font écho chez le rêveur, qui provoquent son émotion, son assentiment par le ressenti. Chaque élément du rêve appartient à l’univers psychique du rêveur. Ce sont des associations d’idées, de souvenirs, d’évènements, stimulés par les questions de l’analyste, les jeux de scène, qui donnent une lecture du rêve. L’amplification des ces éléments permet d’activer, d’amener au conscient d’autres productions psychiques associées.

 

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.